jeudi 10 décembre 2009

Pour la Suisse

Alors, fascistes, les Suisses ? L’unanimité des réactions de la presse française, au lendemain du résultat de la votation sur les minarets, pose benoîtement la question. Circonstances aggravantes : le seul parti qui chez nous se félicite du choix de nos voisins est le Front National. Pourtant à y regarder de plus près les choses ne sont pas si tranchées. Ne trouve-t-on pas, parmi les partisans des minarets, quelques individus aussi peu recommandables, pour le moins, que nos brailleurs du FN ? Je ne sache pas que Kadhafi, par exemple, soit un parangon d’humanité et de tolérance ; pas plus que d’autres dignitaires indétrônables du Moyen-Orient, d’Afrique ou d’Asie du Sud-Est, tous ulcérés par la décision suisse.
L’on ne sera certes pas plus avancés après avoir renvoyé dos à dos les extrémistes des deux camps, du moins aura-t-on supprimé le préjugé que les « fachos » ne sont que dans le camp du Oui.

Parlons de la question posée, en examinant quelques réactions courantes. Est-il besoin d’être fasciste pour se prononcer contre la construction d’édifices religieux faits pour être vus, et de loin ? Est-ce être raciste que de se prononcer contre une religion ? Et est-ce se prononcer contre une religion que de refuser l’une de ses plus voyantes manifestations ? Car, pourtant, les églises ne vous choquent pas, alors pourquoi pas des minarets ? entend-on demander ici et là.

Questions en vérité sans objet. A titre personnel, la construction d’un nouveau lieu de culte, quel qu’il soit, va à l’encontre de mes convictions selon lesquelles tout effort architectural et financier devrait privilégier la culture, l’ouverture, la santé – en un mot, la science et non la croyance. C’est pourquoi une nouvelle église m’attristerait tout autant qu’un édifice dédié à tout autre croyance.

Mais il y a plus, et je ne crois pas que le nœud du débat se trouve ici. L’Islam n’est pas qu’une religion. C’est une règle de vie, avec ses principes sociaux, ses exigences, ses lois. Dire non aux minarets, c’est aussi prononcer une défiance vis-à-vis de telles règles. Le rédacteur en chef de Libération se moquait de l’ampleur de ce vote dans les cantons où précisément les Musulmans sont le moins nombreux, comme si les électeurs avaient matière à se plaindre en la matière :

« La force absurde du préjugé se vérifie d’autant plus que ce sont les cantons où il y le moins de musulmans qui ont le plus approuvé la mesure anti-islam réclamée par la droite extrême » (Libération du 30/11/2009)

Curieux, cet argument l’est à plusieurs titres.

D’abord, nul besoin d’être confronté quotidiennement à un phénomène pour porter un jugement sur ses manifestations. Ce serait bien la peine d’accéder à une myriade de sources d’information, sur tous les supports et à tout moment de la journée, pour ne se prononcer en définitive que sur les événements qui se produiraient chez soi, au coin de sa rue !

Laurent Joffrin parle de « peur irraisonnée de l’islam ». Irraisonnée ? Il me semble qu’au contraire des raisons existent. N’est-ce pas au nom de l’Islam que des attentats sont régulièrement perpétrés en Europe et ailleurs ? Et n’apprend-on pas tout aussi régulièrement que de nouveaux attentats ont pu être déjoués, ce qui tendrait à prouver que la volonté destructrice des fondamentalistes ne faiblit pas ? Parler de « peur irraisonnée » semble dès lors bien mal venu. L’expression enferme les Suisses dans une vision paranoïaque, ce qui n’est pas en soi bien plus subtil que d’enfermer tous les Musulmans dans une vision fondamentaliste.

Ensuite, faudrait-il s’étonner que, mécaniquement, l’ampleur du vote pro minarets soit plus favorable dans les cantons où se trouvent le plus de Musulmans ? Cette causalité élémentaire a semble-t-il échappé à Laurent Joffrin, qui n’est pas le plus à blâmer, pourtant, de nos commentateurs de la vie publique.

La faculté d’adaptation de la religion musulmane aux sociétés européennes est ici clairement en question. Ce qui heurte, ce ne sont pas tant les manifestations des Fous des Dieu, au Moyen-Orient ou en Europe, dont l’actualité ressasse chaque semaine les massacres, attentats ou exécutions, que l’absence de réaction des Musulmans modérés dans nos sociétés. J’aurais tant aimé voir l’Islam des lumières manifester sa haine des extrémistes quand Théo Van Gogh a été égorgé ou quand le président Iranien menace de rayer Israël de la carte. Hélas, je n’ai rien vu de tel, de même que je n’avais rien vu quand des fondamentalistes appelaient à exécuter Salman Rushdie, coupable d’avoir brossé, et avec quel esprit ! le Prophète abusé par le Malin dans les Versets Sataniques. Ce silence pèse sur la société, laisse croire que le seul Islam tolère par son mutisme les pires horreurs, et – c’est le comble - justifie par réaction la position de nos propres extrémistes. La religion de paix tolère-t-elle en son sein des fauteurs de guerre ? Une clarification exemplaire des dignitaires musulmans, et massivement appuyée par tous les fidèles attachés à la démocratie, serait, de ce point de vue, la meilleure des réponses.

Car il en existe, des musulmans laïques. Mon ami Hicham, un verre de liqueur capiteuse en main, commentait d’un rire rabelaisien les frasques des barbus et ne crachait pas sur de belles côtelettes de porc. Pourtant, musulman, certes, il l’était ; mais il l’était tout autant que moi suis chrétien, en dépit de mon athéisme. Je me souviens comment il venait m’interroger sur des choses pour moi évidentes mais que personne n’avait jamais pris soin de lui enseigner, et surtout pas l’école de son pays. Qu’est-ce que l’évolution ? Qui était Darwin ? Pourquoi tant de bruit autour de la Shoah ? Alors, je ramassais mes souvenirs et tâchais de les lui faire partager. Il était stupéfait par ce que je lui disais, opposait les arguments des religieux dont on lui avait bourré le crâne, demeurait toujours sceptique mais remué de choses nouvelles, intérieurement bouleversé. Et un jour il changea, sans renier sa culture, sa religion, son passé, il sut qu’une autre histoire existait, que la version des faits dont on lui avait saturé l’esprit depuis des décennies croulait sous l’exercice de la raison.
Et moi aussi je changeai ; je m’aperçus, effaré, que d’autres hommes n’avaient jamais eu le minimum de savoir qui leur permettrait de questionner leur vision du monde, je sus que certains d’entre eux, quoique brillants étudiants, n’avaient pas les moyens de la lucidité. Et surtout je compris qu’un homme qui réfléchit et examine les faits peut devenir athée. Encore faut-il que ces faits-là lui soient enseignés…

On a beaucoup déploré « l’intolérance » des Suisses. Magie de la rhétorique, misère du sens… L’intolérance, ce n’est certainement pas rejeter la manifestation d’une croyance, pas plus que la tolérance serait d’accepter bouche bée la moindre vocifération d’un représentant religieux.
L’intolérance c’est très précisément l’usage de la violence pour empêcher l’expression d’une liberté. Ainsi les autodafés, les polices politiques, l’emprisonnement des opposants pour leurs idées, la lapidation des pécheresses ou l’exécution des apostats. Or un vote démocratique est exactement l’inverse d’un acte violent, qu’il rend inutile et dérisoire. Limiter démocratiquement l’expression d’une religion n’est pas de l’intolérance, c’est de la démocratie.

Faut-il veiller à ne pas blesser les croyants ? Un curieux consensus paraît s’imposer à chaque poussée de fièvre. Ne heurtons pas les convictions, surtout ! Pas pitié, pas de provocation, pas d’huile sur le feu. Le croyant, blessé dans sa foi, ne risque-t-il pas de se sentir rejeté, et ne va-t-il pas rechercher auprès d’individus plus radicaux un confort que la société démocratique est incapable de lui offrir ?
Or, et c’est là un paradoxe parfois difficile à faire entendre, un citoyen attaché aux valeurs démocrates est par définition heurté par quantité de choses. Ses convictions sont combattues par d’autres convictions tout aussi respectables, mais opposées. Vous considérez que Fidel Castro est un tyran sanguinaire ? Vous pourrez entendre avec consternation Mme Mitterrand soutenir l’inverse à une heure de grande écoute. Il est au contraire à vos yeux l’un des derniers remparts contre le capitalisme galopant ? Les commentaires politiques d’un Eric Zemmour ne manqueront pas dès lors de vous hérisser. Il suffit à tout un chacun de contempler la devanture d’un kiosque à journaux pour trouver maintes opinions inconciliables et également autorisées, car ainsi est la démocratie – l’inconfort institutionnel.

Vivre en démocratie, c’est accepter l’inconfort, s’en faire une raison même car là est le secret du vivre ensemble. Nos sociétés sont celles où une part d’inconfort mesurée (c’est-à-dire : conforme aux limites de la loi des hommes) est nécessaire pour, précisément, rendre la vie le plus confortable possible.

Cela reste à comprendre de la part de ceux qui s’offusquent que l’on puisse blesser des croyants. Car l’on n’en finirait pas de dresser la liste des meurtrissures. Que l’Homme descende d’un primate n’est pas une opinion, c’est un fait, et ce fait blesse les fondamentalistes. Vais-je donc travestir la vérité, mentir sur le réel, pour complaire aux braves croyants ? Faut-il modifier nos programmes scolaires ? Prévoir des itinéraires inoffensifs dans nos Musées d’Histoire Naturelle afin que les fidèles ni croisent ni squelette de Brontosaure, ni moulures d’Australopithèques, ni quoi que ce soit qui puisse heurter leur foi en la Création divine ? Ne faudrait-il pas, à ce titre, voiler la façade même de nos musées, dont la simple existence blesserait à coup sûr le regard des pratiquants ?

Devrai-je nier l’égalité devant la loi de l’homme et de la femme, même si des écrits religieux affirment l’inverse ? Attend-on de moi que je me refuse à commenter les enquêtes sur le « Saint-Suaire », dès lors qu’elles établissent sans grande surprise ni contredit la thèse du faux ? Devrais-je nier la souffrance de l’animal que l’on égorge sans étourdissement préalable ? Faudrait-il que je me fasse négationniste en histoire pour taire les massacres perpétrés par tels adeptes d’une foi encore vivace ? M’abstiendrais-je de lire Don Quichotte de la Manche, d’écouter L'enlèvement au Sérail ou de savourer le monologue de Figaro sous prétexte que ces chefs-d’œuvre contiennent des allusions pas toujours très flatteuses pour l’Islam ? Surtout, ne blessons pas, vous dis-je ! Respect !

Et si par malheur je m’avisais de veiller à ne heurter personne, quand bien même j’aurais observé toutes les pratiques religieuses de mes semblables, qui m’assure que le plus inoffensif geste machinal n’aille pas déclencher l’ire de quelque obscure mais vindicative religion ? Swift, déjà, avait su donner une réjouissante illustration de la stupidité dogmatique en confrontant Gulliver aux Petit-Boutiens et Gros-Boutiens – ceux pour qui les œufs doivent être cassés par le petit bout, viscéralement opposés aux adeptes de la rupture du gros bout. L’absurdité de cette haine tenace et mortifère entre les croyances reflète parfaitement la consternation du libre-penseur confronté à la bêtise des dogmes, et le rire de Swift offre un incommensurable réconfort par-delà les âges à tous les esprits libres.

L’argument de la blessure infligée aux croyants est (si l’on me passe le mot) une hérésie en terre démocratique. C’est bien pour cela que l’on évoque le respect imprescriptible de la vie privée : son exact pendant est l’acceptation d’opinions contraires dans la vie publique. Ne pas comprendre cela, c’est nier la démocratie. Refuser cette blessure, c’est défendre un monde totalitaire.

D’aucuns ne se privent pas de souligner l’égoïsme des Suisses. Après tout, la Confédération Helvétique est la terre du secret bancaire, inestimable refuge pour la fortune des despotes plus ou moins avoués. Alors, comment s’étonner de ce geste de repli sur soi ?
A y regarder de plus près, cette thèse s’effondre. L’un des arguments avancés en faveur du Non à l’interdiction était précisément le manque à gagner en cas de victoire du Oui. Les grandes fortunes du Proche-Orient ou d’ailleurs allaient certainement prendre d’énergiques mesures économiques pour châtier le pays rebelle.
Le résultat du vote connu, la menace a aussitôt été mise à exécution, et il est vraisemblable que la Suisse n’a pas fini de payer son choix. Or, ces mesures de rétorsion étaient parfaitement attendues, et c’est en pleine connaissance de cause que les électeurs ont voté. Il est donc juste de souligner que les Suisses ont préféré l’expression d’un choix politique aux désavantages financiers de ce résultat. Est-ce là la démarche d’un peuple avant tout soucieux du confort économique, au détriment de tout autre conviction démocratique ? Il ne semble pas ; au contraire, et il faut s’en réjouir : le chantage de rétorsions financières n’a pas fait reculer la démocratie. Je précise que cela aurait été la même chose en sens inverse : si la perspective de perte de marché avait été liée à une victoire du Oui, il aurait fallu se féliciter de la victoire du Non – je veux souligner que le prétendu égoïsme des Suisses a en réalité fait long feu en face de l’expression populaire.

Alors, fascistes, les Suisses ? Il n’y a pas si longtemps, il était de rigueur de traiter de fasciste tout opposant au communisme. Ceux qui ont connu l’époque du remuant Georges Marchais, premier secrétaire du PCF pendant les années 70 et 80, n’auront aucun mal à s’en souvenir. Pire, la lutte ouvertement anticommuniste était alors laissée à un parti bien peu recommandable – le Front National, déjà.
Il est vraisemblable que cette attitude soit incompréhensible pour les jeunes générations, qui n’ont pas grandi dans l’illusion d’un Grand Frère philanthrope et égalitaire, précurseur d’un monde meilleur. Nous savons fort bien que rien de cela n’était vrai, et que le soviétisme fut (humainement, économiquement, culturellement) l’une des plus éprouvantes catastrophes de l’histoire.

La moindre des choses serait que nous tirions les leçons du passé. Si nous écartons les partisans sincères du totalitarisme, seuls des démocrates aveugles ou délibérément abusés, en dépit de leur intelligence, pouvaient soutenir l’URSS et ses sbires.
L’islamisme est-il le communisme du XXIe siècle ? Au vu des réflexes passionnels et idéologiques qui ont accueilli le choix suisse, laissant la seule opposition politique entre les mains d’un parti avarié, on serait enclin à penser que les idiots utiles ont trouvé matière à recycler leur combat en se posant en alliés d’une idéologie plus actuelle. Il est remarquable qu’une fois encore, cette lutte s’érige au nom de la pauvreté, de l’antiracisme, du tiers-mondisme – autant de vertus humanistes mises au service de causes pour le moins discutables.

lundi 9 novembre 2009

Un mur, mes collègues, Gorbatchev et moi

[J’ai été témoin d’une discussion politique sur mon lieu de travail. Comme il s’agissait de la commémoration de la chute du Mur, comme on dit, et que les échanges m’ont paru de haute volée en dépit de leur côté polémique certain, je me suis empressé de les noter, pour les restituer ci-dessous. Chacun jugera…]

Jean-Christophe : Tu as vu l’article du Monde ? « J'ai perdu, mais la perestroïka a gagné ». C’est évidemment Gorbatchev qui parle. Heureusement qu’il était là, lui, pour mettre fin au stalinisme…

Alfred : Tu rigoles ? C’est un pitre révisionniste, juste bon à dégoiser ses boniments à un gratte-papier manquant singulièrement d’à-propos. Que le fat n’ait point été englouti dans les abîmes de l’histoire est un incommensurable prodige. Mais qu’ils se taisent donc, lui et ses pairs au sourire sanguinolent, héros malgré eux d’événements trop dignes pour leurs moroses machinations.

J-C : Tu te crois où pour parler comme ça ? A l'Assemblée peut-être ? En plus, à t'entendre, je dois avoir raté un épisode. Parce que pour moi, la perestroïka, ça a eu du bon, non ? Je pense que ce qui ne t’a pas plu, c’est cette phrase du dernier dirigeant de l’URSS « laïque » : « Nos amis à l'Ouest semblent incapables de pardonner à Poutine d'avoir sorti le pays de ce chaos. La Russie a pu se redresser – bien sûr avec une petite aide de Dieu. Dieu s'est dit, OK, aidons un peu ce Poutine ! »
Eh oui, il y avait un peu de la sainte Russie au Kremlin… Je te trouve très dur avec lui… surtout pour un descendant de 1789-1848-1917.

Al. : Une pierre dans mon jardin. C'est vrai, je suis héritier des Lumières, mais n'oublie pas que la Révolution contient aussi les germes de la dictature. C'est peut-être cela la vraie distinction entre droite et gauche. Ceux pour qui la Révolution n'est que négative (la Terreur, l'amorce du totalitarisme...) contre ceux qui ne veulent voir dans ces événements que les progrès, les droits de l'homme, la laïcité, etc. Or les deux attitudes sont également imbéciles. Je crois qu'être de gauche n'interdit pas d'admettre les aspects terribles de la Révolution...

J-C : Bref, tu n'as pas répondu sur Gorbatchev, que je considère comme un héros.

Al. : Bah, il a bien le droit de mêler la politique à la religion… maintenant qu’il a été mis à la porte des responsabilités à coups de pied au derche, le drôle est inoffensif. Ce n’est pas cela qui me déçoit ; c’est le fait qu’il se fasse passer pour le sauveur des pays communistes alors qu’il a essayé de toutes ses forces d’en rester le souverain.

J-C : Première nouvelle ! C'est au contraire l'homme qui a ouvert les portes et permis la libération des peuples opprimés.

Al. : Je crois qu'il a pris acte de la faillite communiste et...

J-C : Faillite communiste ? C'est vite dit. Parlons du soviétisme plutôt.

Al. : Taratata. Il s'agissait bel et bien de communisme, même si cela heurte, et puis cesse de m'interrompre. Le gorbatchévisme c’était : assouplissons la dictature pour conserver des hommes à nous au pouvoir, en libéralisant l’économie pour faire passer la pilule. Soutirons des fonds monétaires considérables aux pays riches pour enrichir notre clique (et non pas comme on le croit : pour rénover des pays).

J-C : Et comment ! Il fallait bien de l'argent pour remettre à flot des pays ruinés, et de surcroît empêcher les populations de sombrer dans la famine et la maladie, non ?

Al. : Mais l'argent ne sert que s'il est réellement utilisé, et avec conscience... autant faire du bouche à bouche à un cadavre ! Or Gorbatchev voulait à la fois l'argent et le maintien d'une oligarchie qui ne disait pas son nom, sans aucun progrès notable pour les pays concernés. L’homme a été bien évidemment débordé par son projet chimérique, et les populations opprimées, qui ne se sont pas laissé embobiner par la manœuvre, contrairement à nous, ont renvoyé chez eux ou en prison tous les communistes, gorbatchéviens ou pas.

J-C : Mais certains de ces pays ont par la suite élu des communistes, me semble-t-il. Cela ruine ton argumentaire.

Al. : Pas du tout : voter pour un communiste n'est pas voter pour le communisme.

J-C : Mouais... N'empêche que le projet de Gorbatchev était bel et bien de restaurer la démocratie partout.

Al. : Attention ! N’oublions surtout pas que le projet politique de Gorbatchev a été scrupuleusement appliqué dans au moins un pays : la Roumanie. Faut-il rappeler que le grrrrand démocrate Ion Iliescu et l’immmmense gorbatchévien Petre Roman ont acclamé, au début des années 90, la force vive des mineurs venus par camions entiers réprimer à coup de barre de fer les manifestations étudiantes osant réclamer une vraie démocratie ? Car c’était cela, la perestroïka, c’était cela, Gorbatchev : partant du constat de la faillite communiste (sur laquelle tu me pardonneras d'insister), construire un pseudo libéralisme où l’état reste aux mains d’une mafia ; et noyer l’occident sous des affirmations de bonne volonté et des menaces du type « sans moi, le chaos ».

J-C : Point de vue intéressant.

Al. : Et pas très populaire, j'ai l'impression. En écoutant France Inter ce matin, je me suis rendu compte à quel point l’incongruité du socialisme à visage humain reste vive. Or, entre liberté et communisme, il faut choisir. Ce n’est pas un système contre un autre. C’est précisément le contraire : « tous les systèmes possibles » contre « un non-système ».

J-C : Là, tu pousses un peu loin. Je reconnais ton penchant pour la polémique.

[A ce moment précis, mon téléphone ayant sonné, je n’ai pas pu entendre la fin de l’échange, hormis quelques éclats de voix. Comme le sujet m'intéresse je vais tenter de relancer la discussion entre Jean-Christophe et Alfred ; peut-être pour compléter cet article ].

mardi 13 octobre 2009

4 ani: invata-ma mama!

A trecut asa de repede timpul! Parca ieri aveam 2 ani si spuneam ca ma cheama Aca. Chiar si anul trecut eram mai bebe si voiam mereu "in batze mama". Azi sunt deja mare, implinesc 4 ani. Nu mai cer in brate la mama, merg la scoala "chez les moyens" adica in grupa mijlocie si cand a inceput scoala chiar eram convinsa ca mama o sa ma lase sa merg singura intracolo. Din pacate pentru asta va trebui sa mai astept putin.
Imi place enorm sa merg la scoala, de fapt imi place mult sa invat lucruri.
Vreau sa ma imbrac singura, vreau sa stiu sa citesc si sa scriu, vreau sa stiu sa decupez si sa lipesc. Vreau sa conduc singura masina dar si elicopterul si trenul si avionul. Vreau sa descopar lumea si pun un milion de intrebari pe zi.
Nu-mi place cand mama vrea sa ma ajute sa fac ceva, eu vreau sa invat sa le fac singura.
De aceea am schimbat cerintele fata de cei doi supusi ai mei, "in batze mama", "da-mi mama" si "fa-mi mama" s-au transformat azi in:
"Invata-ma mama!"










mardi 25 août 2009

Bucarest

Une ville à trous. Pas seulement dans les trottoirs, au beau milieu des rues ou dans les façades ; je parle de trous métaphoriques. Imaginez une morne banlieue aux murs recouverts de crasse, d’immenses boulevards bordés d’édifices laids. Là, des personnes sans passion se meuvent le long des murs, une vieille à la tête voilée fait la manche, des gamins malpropres se poursuivent en hurlant des cris tziganes. Quelques chiens faméliques et craintifs glissent leur nez au sein de poubelles éventrées. L’odeur sure des déchets n’oblige même pas les passants à un détour. Ici, c’est ainsi. Misère et fatalisme.

Un éclat : l’œil accroche le fronton d’une église. On ne la voit que depuis un certain angle. Un peu plus loin sur le trottoir, et seule l’immense et envahissante grisaille vient frapper le regard. Mais de là, en tournant les yeux, voici une merveille d’église orthodoxe. Elle est toute menue, écrasée entre deux géants de béton. Mais elle irradie sa beauté. Les églises orthodoxes ne sont jamais très grandes, ce qui ne fait qu’augmenter leur charme. Leurs murs sont bâtis de façon rugueuse mais régulière, comme l’écorce des conifères. Et au-dessus de leurs coupoles jumelles, des croix évidées servent de signal aux fidèles.

En dix ans j’ai vu la ville changer. Autrefois, des carrioles, des bêtes de trait disputaient le bitume aux Moskvitch brinquebalantes, le centre ville paraissait éventré par un bombardement et des dizaines de chiens suivaient le moindre de mes déplacements à travers le quartier de Lipscani. Aujourd’hui, fini les chevaux, et même les chiens se font rares, exterminés par une politique de salubrité de l’ancien maire. Des casinos sont apparus à chaque coin de rue, éclairant leur devanture d’une lumière joyeuse et factice. Mais la capitale roumaine est toujours un chantier, parsemé d’innombrables crevasses, de tas de pierres et d’excavations sauvages. La question : est-ce une ville laide en lente reconstruction, ou une ancienne cité agréable ensevelie sous une sauvage modernité, héritière des massacres communistes ? La ville est entre deux états. Vers lequel penche-t-elle ?

Une rue poussiéreuse. L’on ne distingue pas le trottoir de la chaussée : la bordure entre les deux est inexistante, ou plutôt a été détruite par le temps et la négligence. L’on progresse avec soin, s’enfonçant entre véhicules garés à même le mur et menus obstacles de moindre importance. Sans prémisses, un palais Belle-Époque surgit derrière un mur gris, entouré d’un parc élégant et d’un foisonnement de verdure. Les Roumains disent avec une pointe d’emphase : perioada interbelica. L’entre-deux guerres, époque aujourd’hui mythique où le pays réunifié avait sa voix au concert des nations, sans tutelle étrangère, s’efforçait de croître et de se construire un avenir souverain. Les efforts de la dictature n’ont pas tué la mémoire de cet âge trop court, mort sous la poussée des idéologies rouges-brunes.

En 2001 j’ai été invité par Radio România Internaţional au Festival Enescu. Les Roumains entretiennent d’étranges rapports avec leur plus grand compositeur. C’est l’homme de deux œuvres : les Rhapsodies. Le reste n’est ni connu, ni apprécié du grand public. Mais l’image d’Enesco est partout, orne des calicots déployés au-dessus des rues, d’immenses façades administratives, se déploie en banderoles gigantesques au long de l’Athénée. Je dis bien : l’image d’Enesco, au singulier. Car il ne s’agit que d’une seule image, toujours la même, reproduite chaque année à l’infini sur tous les supports : le maître de face, absorbé, la tête doucement inclinée et soutenue par la main droite aux doigts entrouverts. Pas d’illusion : aucune ferveur mélomane n’est à l’origine de ce culte. Enesco est un prétexte, un bouc émissaire. Faire connaître la Roumanie, inviter interprètes prestigieux et riches visiteurs, en un mot : flatter la population en lui faisant imaginer, l’espace de quelques concerts, qu’elle occupe le centre de l’attention internationale, voici la seule justification du Festival.

Musicalement, celui-ci est plutôt réussi. L’opéra Œdipe, rituellement donné à chaque édition, fut honoré avec une rare ferveur. A l’issue des ultimes mesures, le chef Christian Mandeal invita avec un parfait à-propos les musiciens de la philharmonie sur scène. Chacun, muni de son instrument, fut applaudi à l’égal des solistes vocaux. Je me souviens aussi, dans l’immense salle du Palais, bourrée à craquer malgré ses 6000 places assises, du récital de la Philharmonie de Vienne dirigée par Seiji Ozawa. Les symphonies de Mozart et Brahms furent accueillies dans un silence très relatif, les Roumains aimant bien discuter à voix basse en plein concert et même passer des coups de fil en chuchotant. Car la foule était là pour autre chose : la première rhapsodie d’Enesco. Fini les discussions susurrées : l’œuvre débuta dans un silence total. Pendant le dialogue des vents, je regardais mes voisins. Il y avait des cadres en costume cravate, mais aussi – les organisateurs ayant décidé de laisser ouvertes les portes du palais une fois installés les spectateurs munis d’un billet – des retraités, des adolescents en tee-shirt troués, des ouvriers droit sortis de leurs chantiers. Tous fixaient avec une attention intense l’orchestre viennois jouant leur musique emblématique. J’avais rarement vu une telle application dans l’écoute. Pas un ne bougeait ; le seul son provenait de l’estrade flanquée des deux sempiternelles images d’Enesco. La philharmonie s’employait à lisser la rhapsodie comme s’il se fût agit d’une valse viennoise, violons lustrés, cuivres polis. Ozawa faisait reluire son orchestre comme une somptueuse boîte à musique aux éclats moirés, policée mais sans la moindre fièvre pourtant si vitale à cette musique. Cette approche clinique n’effraya pas le public, qui à l’issue du dernier accord en tutti, ovationna farouchement les musiciens comme rarement ils l’avaient dû l’être, avec des vagues de rauque sauvagerie sans rapport aucun avec les traditionnelles demandes de bis - « une autre, une autre ! » - qui chez nous achèvent invariablement tous les récitals, même les plus médiocres.

Rien pour notre nation n’est comparable à la ferveur populaire des Roumains envers leur rhapsodie. Une musique que tout le monde connaît, sans considération de classe sociale ou d’âge. Mais alors, n’est-ce pas aussi le cas en France avec certains airs de Carmen ou encore le Boléro ? Non. Dans Carmen, Bizet imite l’Espagne. Ses airs ont beau être populaires, ils ne symbolisent pas la France. Ne parlons pas du Boléro, puisant selon les propres mots de Ravel son style plaintif et monotone dans les mélodies arabo-espagnoles. Berlioz, Gounod, Saint-Saëns et bien d’autres ont beau avoir écrit des musiques éloquentes et célèbres, aucune d’entre elles ne représente spontanément l’esprit français pour l’homme de la rue. Mais ce tour de force, Enesco l’a réalisé, pour sa propre nation.

J’avais mes habitudes à Bucarest. A deux pas de l’Université, j’allais dans une minuscule échoppe, tout en longueur. Mes explorations m’avaient appris qu’au fond, le long du mur de droite, s’entassaient des ouvrages musicaux et partitions, par dizaines, que l’on pouvait patiemment examiner et déchiffrer sous le regard bienveillant des employés. Les jours fastes j’ai pu acquérir pour quelques malheureux lei des biographies introuvables, quelques conducteurs (partitions d’orchestres) rarissimes et autres vestiges de la République Populaire sortis d’on ne sait quelle liquidation aveugle. Mais c’est fini. Cet été, à la place du bouquiniste, étincelait une boutique de jouets en plastique, avec dans sa devanture l’effigie criarde des derniers héros de Walt Disney.

J’avais déjà vécu pareilles déceptions. En 2003 ou 4, je m’aperçus que le Boema avait été remplacé par l’une de ces boutiques modernes sans âme où l’on va pour boire un café américain ou consommer des sushis, je ne sais plus trop. Non que j’étais un assidu du Boema, restaurant à l’ancienne mode, avec ses assiettes peintes et têtes de gibier défraîchies aux murs, et par-dessus-le marché aux qualités culinaires très discutables ; mais le lieu était porteur d’une véritable histoire, témoignage de cette légendaire perioada interbelica. Il y a plus : cet endroit (si l'on en croit l'écrivain Mircea Cărtărescu) était fréquenté par les services secrets communistes pour y fabriquer ces fameuses blagues que les Roumains aimaient à s’échanger pendant les années noires. Eh oui, les histoires de Bula sont aussi des filles de la Securitate…

Plus loin, dans Lipscani, centre ville historique que l’on parcourait autrefois comme un terrain vague en friche, l’on trouvait les meilleures placintas de la capitale, tourtes feuilletées aux bords rendus croustillants par une cuisson au caquelon. Le minuscule salon de thé était recouvert par une fresque de Mickey. Non, pas le personnage falot et insipide que nous connaissons aujourd’hui, mais le sympathique Mickey des origines aux grands yeux, mâtiné de Mortimer et pas encore perverti par la mièvrerie ; je me plaisais alors à imaginer les jeunes Bucarestois des années 30 se presser au comptoir exigu commander des citronnades et des parts de placinta, alors que la ville aux longues voitures brillantes s’animait au son des fox-trots et tangos de Jean Moscopol. C’est perdu. Aujourd’hui, une couche de peinture satinée a rénové le salon de thé. La dernière fois, j’ai demandé à la serveuse pourquoi la peinture de Mickey avait disparu. Elle a simplement haussé les épaules : « c’est plus moderne ainsi ».

jeudi 6 août 2009

Marching Band : un certain regard sur l'Amérique

Documentaire de Claude Miller (2009).

État de Virginie. Alors que la très longue campagne pour la succession de George W. Bush touche à sa fin, la caméra de Claude Miller s’est invitée dans l’intimité de deux marching bands universitaires.

Curieuse tradition que ces fanfares-spectacles, composées de cuivres, flûtes et percussions, et paradant avec des majorettes en costumes clinquants. L’on trouvera avec raison ces manifestations patriotiques fort kitsch tant elles sont étrangères au goût français. Gardons-nous pour autant d’accabler les Américains : il n’est pas certain que le défilé du 14 juillet, avec légionnaires barbus en tablier de boucher, ou parades de la Garde Républicaine jouant Méditerranée relèvent du plus subtil raffinement.

Les deux universités ici observées se révèlent différentes. L’University of Virginia mélange Noirs et Blancs, sans que cela ne semble poser problème, allant jusqu’à les alterner au premier rang de la fanfare – simple question d’esthétique. La musique de sa band, tout en puissance, cymbales et éclats cuivrés, cherche à subjuguer, non à charmer. Elle trouve sa raison d’être en lever de rideau de rencontres sportives, dans un stade bien garni. L'orchestre encourage à la fois le public et l’équipe de l’université. Voilà pourquoi sa musique n’est pas vraiment intéressante en soi : elle fait partie d’un tout plus vaste sans lequel elle n’aurait pas d’attrait. Le plein air, l’exaltation du jeu, l’amour de l’université concourent à la ferveur des jeunes artistes de la marching band de l’University of Virginia, en uniformes de pur toc, évoquant nos mousquetaires au large panache.

Contraste flagrant avec la Virginia State University, fondée après la Guerre de Sécession pour permettre aux Noirs d’étudier. Aujourd’hui encore elle reste afro-américaine et draine une population défavorisée dans un objectif de promotion sociale. Sa marching band possède donc une dimension particulière, absente précédemment. Ici, la musique est remarquable, soutenue par un pupitre de percussions d’une rare efficacité. Là où les musiciens de l’University of Virginia tablaient sur la force pour s’imposer, leurs pairs de la Virginia State University privilégient le rythme, l’agogique, la nuance, usant volontiers d’une exposition en séquence où chaque phrase dévoile tour à tour la beauté de ses timbres. L’on ressent ici les influences africaines et latines qui forment aussi le corps de l’Amérique musicale. Le film donne envie de mieux connaître son chef, « doc » Phillips, tant son discours passionne. L’un des plus mémorables moments saisi par la caméra de Claude Miller présente la fanfare dans une formation minimale : des percussions, à l'exclusion de tout autre instrument. Tous les musiciens – noirs – jouent un morceau quasi tribal, la casquette renversée sur le regard et la face marquée par l’humeur.

Nulle allusion à l’histoire musicale de ce pays. La patiente reconnaissance de la musique noire, notons-le bien, n’accompagne pas les combats pour l’égalité raciale : elle les précède. Qui aurait pensé au XIXe siècle à la postérité des chants d’esclave ? Seule l’invraisemblable prémonition du Tchèque Antonín Dvořák en 1892 devait mettre en lumière la valeur des Spirituals méprisés par l’Amérique bien-pensante. Ensuite, Charles Ives donnera à entendre de mémorables marching bands au cœur de partitions symphoniques jubilatoires ; et au début de la décennie 1940, Aaron Copland écrira sa fameuse Fanfare for the Common Man. Tout cela appartient à l’histoire, au monde des livres et des savants. Nous contemplons avec le film de Claude Miller deux accomplissements contemporains et populaires de cette longue émergence.

Après avoir entendu les artistes de l’Université d’Etat, le ton lisse et policé de l’University of Virginia surprend. Sa musique est sans doute plus consensuelle, mais moins caractérisée ; elle reflète exactement l’image du campus. Une chose, cependant, unit les deux universités : le soutien à Barack Obama. Les jeunes musiciens sont unanimes. En dépit de la caméra braquée sur leurs traits, les étudiants gardent une spontanéité rafraîchissante. Mais pourquoi voter Obama ?

La fin de la présidence George Bush permettra à l’Amérique de se faire mieux voir, estiment-ils non sans candeur (la méfiance vis-à-vis des USA ne provient évidemment pas du rejet d’un seul homme, mais d’un contexte historique puisant ses ressorts dans un passé complexe et saturé d’idéologie). Mais ce soutien est conditionné par une seule chose : la couleur de peau du candidat. Ni son programme, ni celui de John MacCain, son adversaire, ne sont discutés. Sarah Palin en prend pour son grade ; contester la Théorie de l’Évolution n’est pas, il est vrai, une attitude très recommandable pour une élue du peuple. Que Barack Obama s’emploie à remercier Dieu à chaque discours, ce qui n’est pas en soi beaucoup plus avisé, n’est pas un fait relevé par ces mêmes étudiants. D’autres se bercent d’illusions : « avec Obama, le prix de l’essence va baisser », espère un Afro-Américain qui n’a même pas de voiture. La parole n’est pas donnée aux soutiens de MacCain, à l’exception d’un manifestant brandissant une pancarte Pro-life (mouvement anti-avortement). « Nous ne voulons pas d’un socialiste ! ». Évidemment, c’est un mensonge. On ne saurait, en revanche, lui donner tort quand il ajoute : « le changement, il aura lieu car nous sommes un démocratie qui change tous les quatre ans ».

Le documentaire s’invite dans un bureau de vote. Nous voyons deux jeunes Noirs voter pour la première fois, utiliser le bulletin électronique, laisser échapper quelques pleurs. Aucun commentaire, l’image simple, caméra à l’épaule, à la manière des reportages de l’émission Strip-Tease. Cette scène sans fard recèle une émotion particulière. Nous songeons aux sentiments de bien des Français de gauche, en 1981, pour l’élection de François Mitterrand. Nous nous souvenons ici, si nous l’avions oublié, qu’en 2008 un bouleversement plus important encore a été vécu par une vaste fraction de l’Amérique.

L’avenir dira si le candidat du rêve américain est bien celui sur lequel tant de fantasmes ont été projetés. L’heure est encore à l’incrédulité : l’Amérique peut changer. L’Amérique a changé.

Il faut rendre grâce à Claude Miller pour des scènes d’une réelle beauté, sans artifices, dénuées de ce parti pris omniprésent et insidieux qui a fini par rendre Mickael Moore insupportable. Ainsi, ce brève passage filmant un vaste terrain déserté. A la lueur crue des réverbères, une majorette s’entraîne. Elle est seule. C’est la veille de l’élection. La jeune femme n’a pas encore décidé pour qui voter. Alors, elle danse.

Claude Miller sait filmer les gens dans leur spontanéité, leur naïveté (comment ne pas être naïf à 20 ans ?), leur espérance. Mais aussi dans leur application à honorer ce dont ils font partie : leur pays, leur université, leur marching band. On a beau le savoir par avance, un tel attachement ne laisse pas de surprendre. S’il a existé en France, il semble en perdition (et l’on ne fera pas l’injure de comparer les mornes facultés de notre pays aux splendides campus américains). Quant au sentiment supra-national européen, ce n’est pour l’instant qu’une aimable chimère. Oui, cela aussi, le documentaire de Claude Miller nous le fait ressentir.

lundi 8 juin 2009

Bateau Mouche

Clasa Roz se plimba in Bateau Mouche:)






















dimanche 17 mai 2009

Euskal Herria

Herria, adica Tara Bascilor in limba locala. Sau Poporul Basc. Pentru ca Herria inseamna tara dar si popor. Iar bascii de prin partile locului isi spun Euskaldun ceea ce inseamna "cel care vorbeste limba basca". Un amestec de limba, oameni si locuri. Calatorul se va imprieteni repede cu oamenii si cu locurile insa nu si cu limba care nu seamana cu nimic cunoscut. Asta se vede de la inceput cand apar pe indicatoare numele localitatilor: Itxassou, Isturitz, Oxocelhaya ...mai suntem inca in Franta? Nu numai numele satelor dar si indicatoarele de directii sunt bilingve... asta ar fi putea fi chiar amuzant daca uneori niste glumeti nu s-ar amuza sa bareze denumirea franceza si nu ne-am trezi invartindu-ne in cerc pentru ca habar nu avem ce inseamna "hiri barnea" (centru orasului) sau "herriko etxea" (primarie)...

Se zice ca bascii sunt un popor de marinari care au descoperit america inaintea lui columb si in acelasi timp popor de ciobani. Intradevar, de partea franceza (ca partea spaniola nu am vazut-o) exista doua tari basce: cea de pe coasta oceanului, patria surfului Biarritz sau oraselul imperial Saint jean de Luz si partea din interior, mult mai pitoreasca, cu ferme raspandite pe coline, verdele aprins al ierbii, livezile de ciresi... Noua ne-a placut mai mult asta din urma, mai ales ca am poposit la o adevarata ferma basca unde Aca a putut sa urmareasca indeaproape procedeele prin care se transforma oaia in cutia "la vache qui rit":)

Bucataria specifica include neaparat terminatia "à la basquaise": sos à la basquaise, pui à la basquaise, peste à la basquaise, prajitura "basque" etc. Daca asta ati comandat trebuie sa va asteptati la un amestec de rosii, ardei usturoi si ceapa care se potriveste cu aproape orice. Dar ceea ce ne-a delectat in zona a fost branza de oaie servita intotdeauna alaturi de un bol de dulceata de cirese negre ... o nebunie!

Concluzie: locurile merita vizitate pe indelete asa ca vom mai merge pe acolo intr-o zi.
Bardos, la ferma


Isturitz

Bardos, la ferma


Bardos, la ferma


Bardos, la ferma


Espelette

Isturitz
Isturitz


Isturitz

Biarritz


Espelette

Saint Jean de Luz
Isturitz


Isturitz







jeudi 30 avril 2009

Atomul de rata contra gripei de porc


Subiectul cu atomul de rata care se vinde in farmacii sub numele Oscillococcinum a declansat la vremea lui tunetele si fulgerele unor homeopati.

Acum cand epidemia mondiala de gripa ne bate la usa e firesc sa ne intrebam unde au disparut reclamele la zaharelul numit Oscillococcinum, de ce OMS nu zice ca trebuie sa facem stocuri de "remediu homeopat antigripal" (despre care dealtfel homeopatii stiu ca "functioneaza" pentru ca are "proba timpului":)) si de ce nu e recomandat pentru "prevenirea starilor gripale" asa cum publicitatile minicinoase ne sugereaza in fiecare iarna?

Dealtfel ma intreb daca homeopatii continua sa recomande oscillo si contra gripei porcine? Si daca nu, de ce nu?
La fel ca si conspirationistii si ca antivaccinalistii, ca sa fie consecventi cu ei insisi ar trebui sa se trateze homepat contra virsului gripei mexicane. Altel, ca si antivaccinalistii, pot fi acuzati de inconsecventa.

Pentru restul lumii: atentie, homeopatia nu este un tratament, e complet inutila in cazul gripei mai ales pe timp de epidemie!

Gripa isterica

Conspirationistii aveau dreptate: aparitia gripei porcine nu este intamplatoare! S-a descoperit vinovatul, sursa maladiei care ne-a lovit pe toti :


Gripa porcina, rebotezata "gripa mexicana" ia deja pe internet proportiile unei gripe isterice. Teoriile conspiratiei se multiplica, au intrat in actiune Rockfeller si noua ordine mondiala. Mastile cica nu folosesc la nimic (poate doar pt ca uratele satului sa fie invitate la dans in discoteca), virusul aar fi prea mic ca sa fie retinut de o masca chirurgicala. Si oricum virusul se transmite prin piele deci mai eficace ar fi manusile sau un intreg costum de cosmonaut.

Printre toate isteriile astea mai sunt si unele chestii amuzante:

- un joc in flash cu care ne putem crea propria pandemie

- Sau o reclama din 1976 la vaccinul contra.... gripei porcine:)


- Si un site linistitor care ne spune cat de tare ar trebui (sau nu) sa ne ingrijoreze virusul gripei porcine

mardi 28 avril 2009

O "porcarie" de complot


Conspirationistii sunt serviti: s-a dat startul la scenarii privind originea virsului gripei porcine. Nici nu s-a raspandit bine virusul pe planeta ca au si aparut cele mai traznite teorii: de la deja plictisitoarea Big Pharma si guvernul mondial care vrea sa ne decimeze pana la pedeapsa divina a lui Allah catre occidentalii care mananca un animal impur sau complotul tarilor musulmane ce vizeaza tarile bogate...
Alta teorie zice ca virusul a fost de fapt o tentativa de atentat contra presedintelui Obama in timpul vizitei sale in Mexic, alta zice ca e de fapt campania de promovare a unui nou vaccin etc etc

Altfel ocazia panicii mondiale create de aceasta "porcarie" nu trebuie ratata: creationistii au posibilitatea de a urmari evolutia in direct:
In cursa inarmarii contra sistemului imunitar evolutia actioneaza asupra a 2 proteine virale: H (hemaglutinina) si N (neuraminidaza).
Proteina H e cea care e recunoscuta cel mai des de catre sistemul imunitar si prin urmare supusa unei presiuni evolutive mari si continue. Arborele ei filogenetic arata ca un cactus cu un trunchi principal (care arata directia evolutiei) si numeroase ramuri scurte care reprezinta virusii ce nu au avut destula virulenta ca sa supravietuiasca...
E un aspect important pentru ca pe baza lui se pot face predictii privind evolutia ulterioara a virusurilor ceea ce e de mare ajutor in punerea la punct a unor noi vaccinuri.

Virusul gripei a cunoscut insa in trecutul recent schimbari mult mai drastice. Atunci cand tulpinile de virus provenite de la animale diferite infecteaza aceeasi celula pot avea loc rearanjari genetice ce au ca rezultat o noua combinatie de proteine H si N. Este probabil ceea ce s-a intamplat in cazul gripei porcine mexicane (asa sustine New Scientist)
De fapt aceleasi recobimbinari genetice au fost la originea epidemiilor din 1957 si 1968. Ba chiar se crede ca si virusul care a provocat marea pandemie din 1918 a trecut mai intai pe la pasari si printr-un porc inainte de a contamina omul si de a ucide cateva zeci de milioane de persoane (de fapt nu virusul e mortal ci complicatiile -pneumonie si infectii).


Schimbarile in fizionomia virusului gripal fiind insa un exemplu clasic de evolutie in direct... creationistii nu au nici un motiv sa se teama de el.

Iar conspirationistii nu ar trebui sa se trateze cu antiviralele fabricate de Big Pharma si nici sa se vaccineze anti-gripa porcina (atunci cand vaccinul va fi disponibil)... Asta daca vor sa mai fie credibili si consecventi cu ei insisi.